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Le Carnet - Décembre 2009 - Suite

dimanche 6 décembre 2009

SUITE DU TREK
Publié par BENOIT à 20:54 Aucun commentaire:
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  • CHITWAN - KATHMANDU - Page 3
  • RETOUR TOUR DU MANASLU - Page 1
  • RETOUR CARNET DE BORD
 
J 9 : Tot le matin, les sherpas amenagent un pont pour traverser la riviere et nous fraient un chemin au milieu des herbes hautes et bambous. Nous suivons les balises (du PQ) qu'ils ont placees a intervales reguliers et finissons par rejoindre un sentier de berger, perilleux. Nous sommes 1000m au dessus de la gorge, les passages delicats sont assures avec des cordes. Petit a petit, nous finissons par retrouver le bon chemin nouus menant a Nyak (2450m). Nous sommes frappes par la misere qui regne dans ce village ; les enfants sont pieds nus, les habits dechires, sales. Beaucoup de gens demandent de les soigner, rhumes, bronchites, plaies, tout y passe. Je me dis qu'a mon retour en France il faut que je fasse quelque chose pour les aider. On retombe tous tres vite sur terre en voyant ca.



Un enfant de Nyak, village tres pauvre. M'a convaincu de monter une association a mon retour pour les aider
J 10 : A partir de ce jour, nous nous engageons sur l'itineraire traditionnel du tour du Manaslu. Plus de villages, sentiers faciles, le moral du groupe est au mieux mais la marche est toujours aussi longue, 9h. Durant 3 jours, nous remonterons une magnifique et grande vallee, surplombant une gorge tres profonde dont le torrent a une eau limpide. Le soir, accueillis par une trentaine de singes (des Bhadars en nepalais) jouant dans un champ, nous arrivons a Ghap (2380 m), village traditionnel ou l'agriculture est la seule occupation des habitants. Ces derniers vivent au rythme du soleil - leve 5h, couche 20h - nous faisons de-meme.



J 11 : 7h, nous partons de Ghap direction Lho (3200m). Les jambes sont de plus en plus lourdes ; je commence a sentir mes 3 treks successifs. Le groupe est lui aussi tres fatigue, certains font meme porter leur sac de journee par nos sherpas, eux aussi tres fatigues. Je me sens oblige de les aider en portant moi aussi un des sacs. Dawa est extenue, il a des enormes cernes aux yeux, Namgel tente tant bien que mal d'encaisser la pression qu'il a sur les epaules. Il faut dire qu'il a beaucoup de problemes a gerer... Aujourd'hui je me fais beaucoup de soucis car le Manaslu est enfin en vue mais mon camescope n'a plus de batterie depuis 3 jours. Sur le chemin, nous avons encore pu voir d'autres singes, ainsi que des chevres sauvages de l'Himalaya. A midi, nous sommes a Sho, le Manaslu, majestueux, se dresse en maitre inconteste au dessus de tout le reste, avec un splendide monastere au pied de son glacier. C'est magnifique.




J 12 : Pour les 2 jours a venir, nous avons decide de ne marcher que 2 a 3h par jour de maniere a mieux s'acclimater, ce qui tombe bien car Sama Gaon et Samdo sont 2 tres beaux villages a visiter. Cette decision est tout de meme tres risquee car en cas du moindre probleme il nous est absolument impossible de faire demi-tour, le temps etant compte. Niches dans une vallee entouree du massif du Manaslu, les villages de Sama Gaon et Samdo sont a l'eccart de toute civilisation. Authenticite, paisibilite et gentillesse sont les maitres mots. Nous partons donc pour 2h de marche direction Sama Gaon. Il n'y a plus de vegetation si ce n'est quelques buissons. C'est le pays des yaks et de leurs produits derives, leur beurre, leur cuire, leur laine, leur viande, leurs bouses pour se chauffer... Dawa me mene au monastere pour assister a une ceremonie en l'hommage d'un des leurs, decede la veille. Cette ceremonie durera 5 a 6 jours. C'est impressionnant, les lamas recitent leurs prieres sous le sons des cloches, gongs, trompettes et autres tambours. Ca vous prend aux tripes, aucun autre endroit ne degage autant de spiritualite et de paisibilite, il semble que le temps s'arrete. Dawa m'explique tous les rituels et me fait decouvrir les livres de prieres, il m'en donne meme un, je pense que je vais l'offrir a mes parents. Ensuite, je suis convie dans la cuisine du monastere pour boire le fameux the tibetain, du the sale au beurre de yak, avec tous les lamas. Dawa, devenu un veritable ami, fait beaucoup de progres en francais. Nous commencons a echanger beaucoup de paroles, tantot en francais, tantot en anglais, tantot en nepalais. C'est un homme tres gentil, interessant et interesse, il m'explique qu'il est moine depuis l'age de 10 ans (il en a 31). Je le vois tous les soirs sortir une echarpe et reciter ses prieres les jambes croisees, fascinant. Netra parle deja un peu francais, avec lui ca ira tres vite, quant a Namgel, il est alle a l'Alliance Francaise apprendre notre langue, il me sera tres utile pour les cours de francais. Je suis rassure car a l'heure ou j'ecris mon camescope est en train de charger.





J 13 : Aujourd'hui nous avons 3h de marche jusqu'au village de Samdo (3860m). Bruno a tres mal dormi cette nuit, ce soir nous allons le faire dormir dans une lodge pour qu'il recupere, d'autant qu'apres il n'y a plus aucun village avant le col. De Samdo, nous apercevons le Larke Pass (5200m) que nous emprunterons dans 2 jours. Les conditions sont bonnes, il n'y a pas trop de neige et de vent sur le versant est. A notre arrivee, une famille demande notre aide a propos de leur fille de 4 ans qui a une boule enorme (comme une balle de golf) dans le cou, sous l'oreille gauche. Je sers d'interprete a Christine, qui est sage-femme, pour etablir un diagnostic. Il semblerait que ce soit des oreillons surinfectes. Impuissants, nous lui donnons des antibiotiques a spectre large en indicant la posologie, esperant que ca suffise. Cette misere nous pese beaucoup, d'autant que les esprits sont echauffes au sein du groupe : Marie-Ange a craque ce soir, fondant en larmes, tres inquiete du passage du col. Le probleme de programme causant de longues marches l'a extenuee, l'altitude elevee provoque des sauts d'humeur et de grosses fatigues. En effet, l'Himalaya c'est un defi personnel ou le psychologique est le principal moteur des jambes. Si l'un ne va pas, l'autre ne suit pas. Pour ma part, je suis assez fatigue, les jambes lourdes, mais mon moral est en beton.

Petite seance video avec mes nouveaux amis. Faire peter les sacs a bulles ca cree des liens...!


J 14 : Nous partons pour 4h de marche direction Dharamshala (4400m), au pied du Larke Pass. Nous allons a tres faible allure dans ce paysage desertique. Sur notre chemin, nous voyons la face est du Manaslu et progressons au milieu de sommets de plus de 6500m. A notre arrivee, Marie-Ange est a bout de forces, le souffle coupe, ses nerfs ayant une nouvelle fois lache. C'est tres dur pour elle. Pour la rassurer et lui laisser reprendre son souffle, nous la placons dans le caisson hyperbar, meme si ce n'est pas du mal des montagnes dont elle souffre. En quelques secondes nous la faisons passer de 4400m a 2000m, 1h apres le moral semble etre revenu, son visage reprend des couleurs... a suivre... Aujourd'hui je me sens beaucoup mieux mais j'ai passe une nuit agitee avec un gros mal de ventre. Chose previsible, je me suis reveille avec la courante... Mais ce soir tout semble aller, les medicaments ont fait effet. Notre camp est absolument magnifique, nous sommes seuls aux monde, entoures de gigantesques montagnes enneigees et quelques yaks nous tiennent compagnie, c'est extra !

Le Manaslu au lever du soleil...

Petit coup de pompe pour l'amie Marie-Ange...

Namgel

Le camp a Daramshala
J 15 : Le 2eme grand jour ! 4h, nous sortons de nos sacs de couchage, prenons notre petit dejeuner et partons pour 11h de marche pour franchir le Larke Pass (5200m) et rejoindre Bimthang (3640m). Au bout d'1h de marche, le pire se produit : Bruno fait une crise d'hypotension, il s'evanouit au milieu du sentier. Lorsqu'il se ressaisit, il lui absolument impossible de faire 2 pas consecutifs, il rechutte a chaque fois. Au bout d'1h de reflexion, pensant a toutes les possibilites que nous avons, nous concluons qu'il n'y a qu'une seule solution : leur faire monter quand meme. Nous sommes pris par le temps, le redescendre est impossible, il fait nuit, nous sommes a 4700m, les minutes s'ecoulent. Namgel se porte donc volontaire pour le prendre sur son dos, aide d'un systeme de cordages pour le soulager, allant a toute allure, quant a moi, je prends le sac de Namgel (plus le mien) et ce pour toute l'etape. Du moins c'est ce que je pensais. En realite, au bout d'un peu moins d'1/2h Bruno s'est senti beaucoup mieux et pret a reprendre la marche. Comme par miracle, il lui a pousse des ailes et s'est mis a marcher comme un conquerant ! Il franchira finalement le col, en ma compagnie ainsi que celle de Netra. A 10h10 nous sommes en haut et apercevons le groupe au loin, bien plus bas. Il y a beaucoup de neige, des dizaines de sommets de plus de 6500m nous entourent, des glaciers longs de plusieurs kilometres descendent jusque dans la vallee, c'est a couper le souffle. Nous restons 30min au sommet pour contempler cet univers, prendre quelques photos et un petit repas, puis nous redescendons. A partir de ce point il nous faudra 6h pour rejoindre Bimthang, dans les prairies nourrissant yaks et mules. Nous sommes extenues par nos 11h de marche mais tellement contents d'avoir reussi et recompenses par cette vue magnifique. Certains mettront 12h pour arriver... la nuit va etre bonne !

Ca y est ! on y est !


J 16 - 17 - 18 : Nous passerons les 3 jours a redescendre toute la vallee de Bimthang a Bhulbule, en passant par Dharapani et Jagat, nos 2 villages d'etape. Le 16eme jour nous marcherons 8h, le 2eme 6h et le dernier 4h (pour ceux qui marcherons, d'autres preferant prendre une Jeep). En 3 jours, nous passerons de 3640m a 850m, voyant le paysage varier, une gorge se creuser, la vegetation se densifier, le climat passant de l'alpin au sub-tropical, une route est en construction, c'est le retour a la civilisation. A partir de Dharapani, j'arrive en terrain connu puisque nous empruntons le debut du Tour des Annapurnas, en sens inverse. C'est une drole de sensation de se dire que l'on a marche 16 jours dans cette immensite et de deboucher en quelques heures dans region que j'ai deja arpentee et ou la frequentation est bien plus importante. Une fois arrives a Bhulbule, nous prenons notre repas de midi et prenons le bus du retour a 14h. 9h seront necessaires pour rentrer a Kathmandu.



1 kitchen boy et sa charge, suivi de Tula, le chef cook

MON BILAN DE CE TREK

En resume, ce trek, je ne suis pas pret de l'oublier ! Beaucoup de problemes d'organisation, marches tres longues, variete des paysages et des cultures, ce fut une aventure au sens propre dans une region ou peu de monde a mis les pieds. A aucun moment je ne me suis senti en danger mais ces imprevu ont transforme ce trek en veritable expedition, dont l'objectif etait de ramener tout le monde dans les delais, chose faite ! Personnellement, ce trek a aussi un grand interet pour moi car il s'agit certainement du prochain trek en vogue du Nepal, je l'aurais visite avant tout le monde et ceci me sera benefique professionnellement. J'ai dors et deja parcouru les treks les plus connus du Nepal, il ne me reste maintenant plus que le Khumbu (region de l'Everest) a mettre sur mon tableau de chasse, chose que j'espere faire courant fevrier pour le nouvel an tibetain.

Je tiens egalement a rendre hommage a un des porteurs de l'agence, decede en octobre dernier sur ce meme trek par une chutte de pierres.


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